Courrier adressé le 31 janvier 2006
en soutien à Aubin
Monsieur
le Préfet
L'Association
Ras l'front Reims est très préoccupée
par les menaces d’expulsion qui pèsent
sur Aubin, jeune Rémois
auquel vous aviez déjà refusé le renouvellement de la carte de séjour
en décembre 2005.
Aubin,
né en en 1985, est de nationalité béninoise.
Il est étudiant à la Faculté de
Reims. Le 11 novembre, il a été arrêté avec
un petit groupe de jeunes à proximité d’un
feu de poubelles. Le 14 novembre, il est condamné en
comparution immédiate à deux mois de prison
dont 15 jours fermes pour avoir «détérioré en
réunion,
volontairement, deux poubelles». Ces 15 jours fermes ont été effectués dans la foulée.
C'est
sur les conseils de son avocate (commise d'office) et pour
en finir au plus vite avec cette affaire qu'il
avait décidé à l'époque
de ne pas faire appel de ce jugement à l'emporte pièce.
Cette
histoire somme toute banale en cette période de «crise
des banlieues» aurait pu s’arrêter
là. Mais
vous avez décidé de lui enlever ses
papiers, de le rendre sans-papier, et de le renvoyer dans un
pays où personne ne l'attend : le Bénin.
Son père vit au
Gabon et ses soeurs en France.
Il
allait décrocher un CDI à la FNAC et obtenir
sa licence LEA. Mais vous avez décidé,
en toute conscience, de détruire
la vie de ce jeune en arguant d’un trouble à l’ordre
public. Il fallait bien trouver un motif pour
l’expulser ; la justice, elle, n’y était
pas parvenue. Vous avez au moins ce mérite.
Pouvez-vous nous expliquer en quoi, cet étudiant
assidu menace l’ordre public ? A-t-il des
antécédents
? A-t-il commis un crime ? Un acte de terrorisme
? A-t-il dealé ? Volé ? Violé ?
Non. Et vous le savez.
Ses
professeurs le soutiennent. Le Président de l’Université le
soutient, son employeur et ses collègues
le soutiennent. Disons plutôt son ex-employeur
et ses ex-collègues puisque vous lui avez
enlevé le droit de gagner sa vie.
A
plusieurs reprises, devant des journalistes, le mineur qui
a mis le feu aux deux poubelles a reconnu l’innocence
d’Aubin.
Peu vous importe qu’un doute persiste sur
sa culpabilité ? Peu vous importe qu’il
ait prévenu des incidents plus graves en
appelant les pompiers ? Est-ce la pression et les effets
d’annonce du Ministre de l’Intérieur
qui ont conduit à la mise en place de cette « double-peine » maquillée
?
Oui,
vous avez le pouvoir. Le pouvoir de détruire la
vie d’Aubin ; mais aussi celui de lui redonner
espoir. Espoir dans ce pays où il
vit depuis deux ans maintenant. Espoir dans la France et ses institutions.
Il
n’est pas question ici du jugement d’un tribunal,
d’une cour, d’un conseil, ou de la
délibération d’un jury.
Non, c’est vous qui décidez. Vous êtes
le seul à décider si la vie d’Aubin
mérite d’être détruite ou s’il
pourra retourner au paisible anonymat qu'il aurait aimé n'avoir jamais quitté.
Nous
apportons notre soutien le plus solide à Aubin et
nous associons aux nombreux individus, élus,
et personnes morales qui vous ont déjà interpellé pour
vous demander d’abroger l’arrêté de
reconduite à la frontière pris à son encontre et renouveler sa
carte de séjour.
Je
vous pris de recevoir, Monsieur le Préfet, nos cordiales
salutations.
E. L.
Présidente de Ras l’front Reims