Source
: l'Union - 25/01/2005
Concert
Capleton annulé à Reims
: 46.000 € réclamés
Le concert de Capleton,
auteur de chansons homophobes, avait été annulé en
mai dernier à Reims. L'organisateur réclame 46.000
euros en appel à la ville.
LA
société Médiacom, organisatrice des tournées
en Europe du chanteur jamaïcain Capleton, n°1 des ventes
de reggae, obtiendra-t-elle 46.000 euros en appel après
l'annulation du concert en mai 2005 à Reims en raison
de chansons homophobes ? Saisie par la ville de Reims, condamnée
en première instance en juillet dernier à 8.000
euros de dommages et intérêts pour « rupture
abusive de contrat », la première chambre civile
de la cour d'appel de Reims a mis hier son délibéré au
13 mars prochain.
«
Cette annulation injustifiée est un procédé brutal
et abusif qui a entraîné l'annulation de onze des
treize concerts de la tournée », assure Me Christophe
Guyot, défenseur de Médiacom, une société rémoise
placée entre-temps en règlement judiciaire. Selon
lui, le contrat avec l'organisateur a été abusivement
rompu par La Cartonnerie, une salle gérée par une
régie municipale, la Remca.
Les responsables de la Remca avaient pris la décision
d'annulation après avoir été alertés
du caractère homophobe de plusieurs textes de chansons
de Capleton par des directeurs de salles de Lille et Saint-Brieuc
qui avaient déprogrammé ses concerts.
La décision de Reims a eu « un effet boule de neige »,
selon Me Guyot.
Les autres concerts (Saint-Dizier, Nice, Grenoble, Paris,
Clermont-Ferrand, Luxembourg.) avaient été annulés dans la
foulée. Sur la totalité de sa tournée, Capleton
n'a pu donner que deux concerts en Bretagne, après avoir
réaffirmé par écrit ne plus chanter les
chansons incriminées écrites par le passé en
patois jamaïcain.
Capleton, 38 ans, de son vrai nom Clifton Georges Bailey,
surnommé « The
Prophet » pour son reggae supposé d'inspiration
divine, avait pris fait et cause contre l'homosexualité,
un délit dans son pays. Face au tollé suscité en
Grande-Bretagne par les paroles de certaines de ses chansons
appelant à tuer et brûler les homosexuels, le chanteur
avait pris l'engagement auprès d'un collectif d'associations
britanniques de défense des homosexuels de ne plus les
chanter en Angleterre. « En France, tenir des propos homophobes
tombe sous le coup de la loi. Les responsables de la salle rémoise
risquaient des poursuites pénales », assure Me Giuseppina
Basile. L'avocate de La Cartonnerie réfute par ailleurs
la responsabilité de la ville de Reims dans la déconfiture
de la société qui a organisé la tournée. « Médiacom
estime avoir été mis au ban des sociétés
de production, mais d'autres salles de spectacles ont annulé les
concerts de Capleton », rappelle-t-elle.
Pour sa part, le tribunal de grande instance de Reims
avait débouté la
société organisatrice de sa demande de dommages
et intérêts pour l'annulation des autres concerts.
Il avait estimé que si elle voulait attaquer d'autres
municipalités, elle devait le faire au cas par cas. Il
n'avait accordé que 8.000 euros, montant de la somme
due si le concert de Reims avait eu lieu.
«
Nous avons découvert l'affaire alors qu'il aurait été honnête
de la part de l'organisateur de nous dire qu'il y avait eu des
problèmes et un arrangement en Angleterre », a commenté hors
audience Mario Rossi, adjoint rémois à la culture
et président de la régie de La Cartonnerie.
Francis Dujardin