COMMUNIQUÉ COMMUN : NON À L’ÉTAT
D’EXCEPTION
mercredi 9 novembre 2005
Confronté à une révolte née de l’accumulation
des inégalités et des discriminations dans les
banlieues et les quartiers pauvres, le gouvernement vient de
franchir une nouvelle étape, d’une extrême
gravité, dans l’escalade sécuritaire. Même
en mai 1968, alors que la situation était bien plus dramatique,
aucune loi d’exception n’avait été utilisée
par les pouvoirs publics. La proclamation de l’état
d’urgence répond à une révolte dont
les causes sont profondes et bien connues sur le seul terrain
de la répression.
Au-delà du message symbolique désastreux que nourrira
la référence à la guerre d’Algérie,
il ne s’agit pas seulement de « couvre-feu »,
ce qui est déjà de l’ordre d’une logique
de guerre. En fait le gouvernement a sciemment menti. La loi
du 3 avril 1955 autorise des interdictions de séjour pour « toute
personne cherchant à entraver, de quelque manière
que ce soit, l’action des pouvoirs publics », des
assignations à résidence pour « toute personne
[.] dont l’activité s’avère dangereuse
pour la sécurité et l’ordre publics »,
la fermeture des « lieux de réunion de toute nature » et
l’interdiction des « réunions de nature à provoquer
ou à entretenir le désordre ». Le gouvernement
a même prévu des perquisitions de nuit. Il peut,
en outre, faire « prendre toutes mesures pour assurer le
contrôle de la presse et des publications de toute nature »,
et donner compétence aux juridictions militaires en concurrence
avec les juges ordinaires.
Stopper les violences
et rétablir les solidarités
dans les banlieues est une nécessité. Cela implique-t-il
de les soumettre à une législation d’exception
héritée de la période coloniale ? On sait
où mène le cycle bien connu qui enchaîne
provocations et répression, et quels résultats
il permet d’obtenir. Les banlieues n’ont pas besoin
d’état d’exception : elles ont besoin, désespérément,
de justice, de respect et d’égalité.
Signataires (au 9/11/2005) :
Alternative citoyenne,
L’Assemblée citoyenne des
originaires de Turquie (L’ACORT), ATMF, CEDETIM, Comité des
sans-logis, CRLDHT, FASTI, Fédération syndicale
unitaire, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des
deux rives (FTCR), Ligue communiste révolutionnaire, Ligue
des droits de l’Homme, MARS - Mouvement pour une alternative
républicaine et sociale, MRAP, Parti communiste français,
Rassemblement des associations citoyennes de Turquie (RACORT),
Réseaux citoyens de Saint-Etienne, Ré-So (Réformistes
et Solidaires), Syndicat des avocats de France, Syndicat de la
magistrature, Union syndicale Solidaires, Les Verts.