Date : 10/05/2003

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Le Front National s'attaque au patrimoine châlonnais
et décape Jeanne d'Arc

La statue, décapée, est très gravement détériorée

 

L'environnement historique de la statue

Accompagnant Charles VII à Reims pour le faire sacrer, Jeanne d'Arc séjourna à Châlons les 14 et 15 juillet 1429. Sa statue, la représentant en jeune bergère, est l'oeuvre de Henri Chapu et a été fondue en 1892 par Barbedienne. Elle est depuis l'origine la propriété du musée de Châlons-en-Champagne.

Durant la deuxième guerre mondiale, pour soustraire la statue de Jeanne d'Arc aux convoitises des Allemands qui s'emparaient des objets en métal non ferreux, un entrepreneur Châlonnais nommé Clément l'avait entourée d'une baraque de chantier. Clément est mort en déportation.

8 mai 2003 : le FN s'attaque à son "symbole"

Ce que les nazis n'avaient pas réussi à faire, le Front National vient de le "réussir" en présence de la presse locale.

Jeanne d'Arc
Janvier 2003
sous la froidure de l'hiver
 

En effet, sous prétexte de faire un "coup politique", le FN s'est cru autorisé à décaper cette oeuvre d'art avec un produit acide et à la brosse métallique, détruisant de ce fait la patine que l'on met pour protéger les bronzes. Les dégats occasionnés sont considérables. La statue n'est en effet désormais plus protégée contre les agents atmosphériques.  

Sous l'effet de la pollution et de l'eau, le bronze mis à nu a déjà commencé à se dégrader, à s'oxyder.

Dès le 13 mai, les premiers effets sont visibles : la statue a commencé à prendre une inquiétante teinte rouille.

Le coup porté au patrimoine châlonnais est considérable. Cette oeuvre d'art vient de perdre 90% de sa valeur.

Une coûteuse remise en état s'impose. Qui va payer ?

L'association Nouvelle Catalaunie a réagi en interpelant le Maire de châlons en Champagne Bruno Bourg-Broc le 21 mai 2003.

Jean-Pierre Ravaux, ancien conservateur des Musées de Châlons, s'est rendu sur place et confirme notre analyse. Profondément scandalisé, il vient d'écrire au Maire pour lui faire état de ses constatations et lui demander également de déposer plainte.

Jeanne d'Arc
13 Mai 2003, après le passage du FN : " Si la statue est un peu moins sale que d'habitude, c'est que le Front national est venu y faire un nettoyage de printemps " : Edith Erre (FN) dans Marne-Hebdo du 15-21 mai 2003
 

Alain Goze, conseiller municipal, a également réagi à cette dégradation en interpellant le maire de Châlons.

Lassina Millogo, conservateur adjoint du Musée de Bobo Dioulasso (Burkina faso) parle lui aussi de "scandale" estimant qu'il est déjà "regrettable qu'il en soit ainsi en ce début du 21ème siècle" où "le patrimoine est détruit dans les pays de guerre, et encore plus regrettable dans les pays phares de la démocratie et de la culture dans le monde". il conclut en espérant "que les Autorités de Châlons oeuvreront à ce que le patrimoine soit intouchable dans le futur. Cela pour la fierté de l'identité culturelle de cette belle ville".

Tex a, quant à lui, réagit à sa façon : il publie sur le site de gr@in-de-sel un dessin dans la rubrique Actualitex où les défenseurs du patrimoine demandent au député-maire de déposer une plainte contre la peste brune dont est victime Jeanne d'Arc...

 
Voici la Réponse de Bruno Bourg-Broc, député-Maire (datée du 23 mai, postée le 27 et reçue le 30), adressée à l'association Nouvelle Catalaunie.
 

Monsieur le Président,

Vous avez récemment attiré mon attention sur l'état de la statue Jeanne d'Arc, rue René Popelin, située derrière la cathédrale Saint-Etienne.

J'ai l'honneur de vous informer que les dégradations subies par la statue ont été, bien évidemment, constatées par les services de la Ville.

L'état effectué par les services, fait apparaître les lésions suivantes :

1. la patine naturelle de la statue a disparu;
2. la couleur "vert de gris" s'est muée en aspect ocre et noirâtre par endroits;
3. des traces d'écoulement sur la statue ainsi que sur le socle sont visibles;
4. de fines rayures sont apparues.

La Ville a donc émis les mêmes conclusions que les vôtres : il est probable que le produit détergent (comme relaté dans l'article de presse de Marne Hebdo en date du 15 mai 2003) et l'éponge abrasive utilisés par Mme Edith ERRE lors de son intervention soient à l'origine des lésions que présente désormais la statue Jeanne d'Arc (pour information, les services de la Ville utilisent exclusivement des lingettes anti-tag pour ce type d'intervention).

En conséquence, la Ville a aussitôt demandé un devis de restauration de cette statue qui est en cours d'établissement.

Parallèlement, j'ai l'honneur de vous informer que la Ville de Châlons-en-Champagne entame une procédure de dépôt de plainte auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Châlons-en-Champagne à l'encontre de Mme Edith ERRE pour dommage causé à un bien public, propriété de la Ville sur le fondement des articles 322-1 et 322-2 du nouveau Code Pénal.

L'intéressée a été informée de cette démarche.

Ainsi, la Ville entend recevoir réparation de ce préjudice qui résulte des dégradations directement imputables à Mme Edith ERRE.

Souhaitant avoir répondu à votre attente, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de mes sentiments distingués.

LE DEPUTE-MAIRE
Bruno BOURG-BROC

 

Aggravation de la situation

Avec les pluies de la semaine dernière, l'oxydation de la statue de Jeanne d'Arc s'est considérablement accélérée.... Des coulures brunâtres dégoulinent jusque sur son socle... La statue prend actuellement une couleur brune qui se généralise. Elle lui donne un aspect lugubre qui nous fait craindre le pire.

Sur le dos de Jeanne d'Arc, des griffes dues à l'emploi d'un engin particulièrement abrasif sont nettement visibles, signes de l'usage d'une méthode particulièrement brutale et barbare pour dégrader cette œuvre d'art. Ces griffes sont notamment dues à l'emploi d'une brosse métallique dont quelques poils sont encore visibles sur place.

Outre ces dégradations physiques, le décapage de la patine protectrice, quand bien même serait-il réparable (ce que nous espérons), a eu pour premier effet de réduire considérablement la valeur de cette œuvre d'art, et donc de causer à la collectivité et à notre patrimoine un préjudice moral et financier très important. Une expertise est indispensable afin d'évaluer ce préjudice et d'obtenir une juste réparation.

Jeanne d'Arc
de janvier 03 au 30 mai 2003...

Notre patrimoine n'a que trop souffert dans le passé des massacres iconoclastes.

En témoignent encore le portail sud de Notre-Dame-en-Vaux, le portail nord et la façade occidentale de la cathédrale, tous mutilés sous la Révolution, ou encore la destruction par la barbarie nazie des statues monumentales en bronze rue Juliette Récamier de Léon Bourgeois, Châlonnais prix Nobel de la Paix, et place Foch de Sadi Carnot, Président de la République assassiné par l'anarchiste Caserio.

Ce passé douloureux implique que l'on ne puisse en aucun cas laisser impunis ceux qui perpétuent ces crimes contre notre patrimoine, et ce d'autant plus si les coupables détiennent des mandats électifs. Ces mandats devraient au contraire les conduire, plus que tout autre, à cultiver la vertu républicaine, ce qui leur permettrait de montrer le bon exemple à leurs concitoyens.

 

l'association Nouvelle Catalaunie dépose plainte...

L'association Nouvelle Catalaunie a décidé de déposer plainte pour dommages et dégradations du patrimoine sur le fondement des articles 322-1, 322-2, 322-3, 322-15 et 322-17 du code pénal contre :

1. Mme Edith Erre, à titre personnel et en tant d'élue locale, en qualité d'auteur principal ;
2. M. Pascal Erre, également à titre personnel et en tant d'élu local, en qualité de co-auteur et complice
3. le Front National, en qualité de responsable pénal des actes de dégradation commis en son nom par ses représentants locaux.

L'association a en conséquence écrit en ce sens au Procureur de la République de Châlons-en-Champagne en lui demandant "de requérir des peines exemplaires, eu égard aux fonctions électives des intéressés et à l'atteinte portée... à notre patrimoine local".

Cette plainte vise également à obtenir une condamnation pénale du Front national contre lequel l'association s'était fortement mobilisée en 2002 suite à la présence de son candidat au 2ème tour des présidentielles. Par son symbolisme et son exemplarité, cette condamnation serait en outre de nature à briser définitivement cette ignominieuse confiscation de Jeanne d'Arc au profit des idées extrémistes et fascistes de ce parti. Une assimilation que cette héroïne de notre histoire nationale ne mérite assurément pas.

... et demande au Député-Maire d'étendre la sienne

 

Châlons, le 31 mai 2001 

Monsieur le Député-Maire,

...Nous vous demandons d'étendre votre plainte de façon à ce qu'elle vise également les articles 322-3, 322-15 et 322-17 du code pénal...

... Si les dégradations commises sont l'œuvre ( !) de Mme Edith Erre, comme le précise votre lettre, ces dommages ont obtenu le soutien actif de M. Pascal Erre, ainsi que le relate le journal Marne-Hebdo du 15-21 mai 2003 qui cite les encouragements de ce dernier à sa femme.

En outre, vous n'ignorez pas que les intéressés sont élus ... et [qu'] ils ont bien agi en qualité de représentants locaux de leur parti politique. L'article de presse précité relate en effet à ce sujet des propos non équivoques de Mme Erre :

Aussi nous vous demandons de bien vouloir étendre la procédure engagée par la Ville de Châlons en Champagne contre M. Pascal Erre, en qualité de co-auteur et de complice, en visant en outre expressément les fonctions électives des deux intéressés comme étant une situation aggravante, et contre le Front National, au nom de qui ces délinquants ont délibérément agi.

Enfin, nous vous saurions gré de nous préciser si, dans cette affaire, la Ville de Châlons-en-Champagne s'est bien constituée partie civile, ce qui nous paraît aller de soi"...

 

Revue de presse...

12 mai 2003 : l'Union. Dans son dernier Châlons où l'on cause, le quotidien relate, sous le titre "cochon", l'opération de lessivage par le FN réalisée, y lit-on, avec, notamment, une langue de vipère...

15-21 mai 2003 : Marne-Hebdo. On y apprend que la frontiste Edith Erre, s'inquiétant du mauvais entretien de "sa" statue, récupère pour le FN le symbole de Jeanne d'Arc et de "Monsieur Propre".

24 mai 2003 : l'Union consacre un nouveau Châlons où l'on cause à ce "Grand nettoyage" qui a fait réagir alain Goze, conseiller municipal de la gauche plurielle qui a interpellé le maire, et Bruno Malthet, président de l'association Nouvelle Catalaunie.

 5 juin 2003 : l'Union titre sur "Le FN poursuivi pour dégradations" et consacre un long article à cette affaire en citant Jean-Pierre Ravaux, ancien conservateur des Musées de Châlons, qui précise que "la destruction de la patine met en danger l'existence de la statue". Selon l'Union, la ville aurait déposé plainte voici une dizaine de jours contre le FN, avant l'association Nouvelle Catalaunie. Pour le FN, il s'agirait d'un coup monté et son égérie locale hurle au complot contre lui.

5 juin 2003 : Marne-Hebdo : même tonalité que chez son confrère. on y apprend que l'élue frontiste aurait utilisé du MIR et une brosse nylon pour son ouvrage, ce qui n'est pas du tout l'avis de Jean-Pierre Ravaux qui a constaté les dégats. Selon Marne-Hebdo, la ville aurait seulement déposé plainte contre la conseillère frontiste.

9 juin 2003 : l'Union titre sur la contre-attaque du FN qui entend porter plainte pour calomnie, dénonce une alliance droite-gauche contraire aux accords qu'il a passés en 1986 avec le RPR et s'en prend à l'implication de l'association Nouvelle Catalaunie dans la protection de l'art au Burkina Faso.

11 juin 2003 : L'Union publie la réponse de Bruno Bourg-Broc qui dément toute "alliance de l'ombre" avec le FN et conclut que "le Front national a commis un grave préjudice..., qu'il en assume les conséquences".Voir aussi le communiqué que l'association Nouvelle Catalaunie a adressé à l'Union

11 juin 2003 : Le Canard enchaîné titre que "A Châlons, le FN dézingue Jeanne d'Arc" et relate dans le détail "le décapage corrosif" dont "la pauvre Jeanne" a fait l'objet avant de conclure que "le FN, en voulant récupérer Jeanne d'Arc, l'a brûlée une seconde fois. C'est un vrai travail de Cauchon !".

12 juin 2003 : Marne-Hebdo : où l'on voit que le FN contrattaquer et aller jusqu'à qualifier la situation de "pantalonnade". Voir également le communiqué de presse que l'association Nouvelle Catalaunie a adressé à Marne-Hebdo.

 
Que dit le code pénal ?

Article 322-1 du code pénal : La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende, sauf s'il n'en est résulté qu'un dommage léger.

Article 322-2 : L'infraction définie au premier alinéa de l'article 322-1 est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45000 euros d'amende et celle définie au deuxième alinéa du même article de 7500 euros d'amende et d'une peine de travail d'intérêt général, lorsque le bien détruit, dégradé ou détérioré est :
1º Destiné à l'utilité ou à la décoration publiques et appartient à une personne publique ou chargée d'une mission de service public ;...

Article 322-3 : L'infraction définie au premier alinéa de l'article 322-1 est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende et celle définie au deuxième alinéa du même article de 15000 euros d'amende et d'une peine de travail d'intérêt général :
1º Lorsqu'elle est commise par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice ;...

Article 322-15 : Les personnes physiques coupables de l'une des infractions prévues au présent chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes :
1º L'interdiction des droits civiques, civils et de famille, suivant les modalités prévues par l'article 131-26 ;...
2º L'interdiction, suivant les modalités prévues par l'article 131-27, d'exercer une fonction publique ou d'exercer l'activité professionnelle ou sociale dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de laquelle l'infraction a été commise, cette interdiction étant définitive ou provisoire dans les cas prévus aux articles 322-6 à 322-10 et pour une durée de cinq ans au plus dans les cas prévus aux articles 322-1, 322-2, 322-3, 322-5, 322-12, 322-13 et 322-14 ; ...

Article 322-17 : Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l'article 121-2, des infractions définies au présent chapitre.
Les peines encourues par les personnes morales sont :
1º L'amende, suivant les modalités prévues par l'article 131-38 ;
2º La peine mentionnée au 2º de l'article 131-39, pour une durée de cinq ans au plus dans les cas prévus par les articles 322-1, 322-3, 322-5, 322-12, 322-13 et 322-14 et sans limitation de durée dans les cas prévus par les articles 322-6 à 322-10.

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