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Les
derniers attentats avaient coûté la vie à plusieurs milliers de
personnes et en avaient traumatisé quelques millions d'autres.
Des experts de la question sécuritaire avaient émergé et s'étendaient
en discours alarmistes dans les médias ; créant parallèlement
leur entreprise de sécurité (1).
Le Pouvoir avait lui aussi surfé sur ce sentiment d'insécurité
pour proposer des lois de contrôles sociales en prétextant la
lutte contre le terrorisme qui frappait à notre porte. Pour
éradiquer cette menace qui pouvait frapper n'importe qui n'importe
quand, il fallait bien des lois draconiennes et une surveillance
permanente de chacun. Les centres villes, les quartiers,
les couloirs de métros étaient quadrillés de caméras reliées à
d'ingénieux logiciels de biométrie pour faciliter la reconnaissance
aux faciès des suspects mais aussi déceler les comportements déviants.
Ainsi on pouvait retracer les déplacements de chacun
(2) mais aussi identifier 18 comportements suspects rien
qu'à l'attitude d'un individu sur un quai. Par exemple, laisser
passer 3 rames successives de métro sans monter, c'est trop pour
quelqu'un qui n'a rien à se reprocher (3).
Après
avoir instauré des couvre-feux pour les jeunes dans plusieurs
agglomérations, l'Etat avait intensifié le suivi de ceux-ci :
vidéosurveillance dans les établissements scolaires
(4) et pour les non-scolarisés flicage
jusque dans les halls d'immeuble. La fonction de gardien d'immeuble
avait d'ailleurs disparue ; on avait à présent des genres d'inspecteurs
de la tranquillité des lieux pour ne pas dire délateurs institutionnalisés
(5) ; travail au combien nécessaire
pour éradiquer toute forme de terrorisme et d'opposition.
Et puis le Pouvoir a pensé qu'il fallait aussi se méfier de la
musique et des rassemblements festifs qu'elle entraînait
; un rassemblement c'est les prémices de pensées ou d'actes subversifs.
Alors, ils ont imposé une obligation de déclaration de ses rencontres
même dans les propriétés privés
(6). Le Pouvoir a, par ailleurs, parqué les pauvres dans
les banlieues ; ça laisse les centres villes plus propres et les
concernés semblent l'accepter car, d'eux mêmes, ils s'y aventurent
de moins en moins. Il faut dire que la fraude dans les transports
en commun mène rapidement à de la prison ferme de nos jours
(7). Et puis se rebiffer est-ce
bien prudent face aux hommes armés de la milice unifiée des métros
et voies ferrées (8).
Mais
ces décrets tant attendus par la population ont dépassé ses espérances
; résultat : un détournement généralisé des procédures. Il suffit
qu'un représentant de L'Ordre déclare vous soupçonner de terrorisme
et hop de jour comme de nuit il peut procéder à une perquisition
à votre domicile ou à la fouille de votre véhicule en votre présence...
ou non (9).
Dans ces deux procédures visant la tolérance zéro, que reste-t-il
des notions de propriété privée ou de secret professionnel ? Et
puis si ces perquisitions permettent avant tout d'incarcérer des
sans-papiers dans les centres de rétentions (10),
qu'importe du moment que cela ne s'ébruite pas…
Pour
financer ces dispositifs sécuritaires perfectionnés et coûteux,
là aussi le Pouvoir a trouvé une solution et a fait d'une pierre
deux coups. On conserve de longs mois les courriers des internautes
(11), on établit des profils de consommateurs
(tout ça sans lire le contenu des messages, ce n'est pas le genre
de la maison, le Pouvoir ne veut que le bien de ses sujets) et
puis on les revend à des sociétés privées. D'ailleurs pour rendre
l'opération plus facile et parer à quelques rebellions inopportunes,
le cryptage des messages a été mis sous contrôle (12).
Un peu moins de liberté privée, un peu plus
de sécurité ; que demande le peuple ?
Et
puis pour bâillonner les opposants en tout genre, le terrorisme
a été redéfini. Lutter contre les OGM, contre le nucléaire...
n'est plus un acte citoyen mais terroriste
(13). Comment en est-on arrivé là
? Par un discours si simple et si logique. La lutte anti-mondialisation
ou la lutte écologique s'attaque à l'économie et aux besoins énergétiques
de l'Etat. Si ce n'est pas vouloir nuire à la sûreté de l'Etat
et par là même à la sécurité de tous ses concitoyens ! Enfin,
il faut quand même s'assurer qu'aucun militant ne passe à travers
les mailles du filets ; alors au même titre que les agresseurs
sexuels et les auteurs de crimes, on les
rentre systématiquement dans le fichier national automatisé des
empreintes génétiques (14).
Dernier détail, si quelqu'un espérait pouvoir remettre en cause
sa condamnation, pas de panique : l'audition de témoins anonymes
est maintenant autorisée (15).
Si
cela vous semble de la science-fiction ou un futur encore lointain,
réveillez-vous vite car c'est juste la description de quelques
unes des mesures sécuritaires (décrites en annexe) adoptées par
la France depuis les attentats du 11 septembre 2001.
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